
Modèle Neurophysiologique d’Apprentissage
de Séquences Temporelles
Dans ce modèle (Dominey et al. 1995 ;
Dominey 1995), le contexte des événements du passé
est représenté grâce à des boucles récurrentes
qui permettent à l’information présente au moment t d’influencer
la représentation des nouvelles informations au moment t+1 (State),
qui correspond au cortex préfrontal avec ses connexions récurrentes
locales et globales , est influencé par (a) des entrées externes
(Input), (b) les réponses (Out), et (c) des entrées récurrentes
(StateD).
Architecture simplifiée du système
fronto-striatal pouvant apprendre des séquences temporelles.
Ce modèle a été développé
initialement (Dominey, Arbib et Joseph 1995) pour expliquer le rôle
du cortex préfrontal dans la représentation de séquences
sensori-motrices mais peut également expliquer les résultats
neurophysiologiques obtenus chez le singe dans différentes taches
cognitivo - séquentielles (Dominey et Boussaoud 1997).
Plus récemment, nous avons étudié
la capacité de ce modèle à représenter la structure
temporelle de séquences. Deux séquences A-------B-C----D
et A--B---------C-D ont la même structure sérielle mais des
structures temporelles différentes (n.b. que le nombre de tirets
après chaque symbole représente la durée d’une délai).
Les connexions “récurrentes ” dans le cortex préfrontal du
modèle offrent la capacité de représenter à
la fois les séquences des événements, et leur structure
temporelle. Dans une série de simulations récentes, nous
avons montré que, en effet, le modèle est sensible à
la structure sérielle et à la structure temporelle de séquences,
et que la modification de l’une peut produire une modification de la représentation
de l’autre (Dominey 1998a, Dominey 1998b).
Systèmes Dissociés pour la structure
de surface et la structure abstraite
Suite à ces résultats, nous nous
sommes demandé si ce traitement des séquences sensori-motrices
par le système frontostriatal pouvait aussi contribuer
aux traitements des aspects séquentiels du langage (Dominey 1997).
En effet, le modèle est capable d'apprendre un ensemble de
phrases dans une "langue" très simple et de généraliser
cet apprentissage à de nouvelles phrases. Ceci
représente une forme de généralisation sur la structure
de surface définie par l’ordre des éléments dans une
séquence. On peut aussi définir la structure abstraite
en termes de relations entre des éléments qui se répètent.
Donc, les deux séquences ABCBAC et DEFEDF ont deux structures de
surfaces différentes, mais la même structure abstraite "u,
u, u, n-2, n-4, n-3" où "u" correspond à "unique" et
"n-2" correspond à "répétition élément
2 place en arrière". Par ce fait, nous disons que les deux
séquences sont isomorphiques. Cette structure abstraite est similaire
à la structure syntaxique dans le sens où une seule structure
abstraite peut définir une classe des séquences isomorphiques,
comme une seule structure syntaxique peut définir une classe de
phrases isomorphiques.
Tandis que nous avons montré que le modèle
peut apprendre et généraliser au niveau de structure de surface,
il a échoué dans l’apprentissage de structure abstraite.
Le réseau récurrent est capable de représenter la
structure de surface, mais pour la structure abstraite le système
doit être capable de comparer chaque nouvel élément
dans la séquence avec les éléments précédents
pour remarquer les répétitions, et représenter
le contexte séquentiel à ce niveau abstrait. Avec une
telle modification du modèle, nous sommes capables de simuler l'apprentissage
et le transfert de structure abstraite observés entres les séquences
isomorphiques comme ABCBAC et DEFEDF chez l'homme (Dominey et al. 1998).
Le fait que deux modèles différents
soient nécessaires pour simuler l'apprentissage de la structure
de surface et l’apprentissage de la structure abstraite est un premier
indice que, chez l'homme, une telle dissociation de processus doit être
retrouvée. En effet, chez les sujets sains, nous avons montré
que l'apprentissage de la structure de surface peut être réalisée
sans l'intention explicite de la part du sujet. En contraste, l'apprentissage
de la structure abstraite ne peut être réalisée qu'avec
l'intention explicite de la part du sujet (Dominey et al. 1998).
Nous savons que différents systèmes neurophysiologiques sont
activés différemment selon le traitement implicite
ou explicite, donc nous pouvons imaginer les substrats neurophysiologiques
différents pour le traitement implicite de la structure de surface
et le traitement explicite de la structure abstraite. Nos études
neuropsychologiques chez les patients parkinsonien et schizophrénique
ont donné une première confirmation de cette hypothèse.
Il est connu que le traitement implicite de structure
de surface d'une séquence est perturbé chez les patients
, mais nous avons montré que la capacité d'apprendre et de
transférer la structure abstraite est préservée chez
ces patients (Dominey et al. 1997, Dominey et Jeannerod 1997). Chez
les patients schizophrènes, nous observons un profil inverse.
Ils arrivent bien à apprendre la structure de surface, mais ils
échouent dans l’apprentissage de la structure abstraite (Dominey
et Georgieff, 1997). Ceci confirme les observations précédentes
que ces sujets sont perturbés dans les tâches nécessitant
un contrôle explicite, mais relativement non affectés
dans les tâches implicites.
Structure de Surface et Structure Abstraite dans
l'apprentissage du langage
Parmi les problèmes des sciences
cognitives les plus intéressants restant à résoudre
est celui de l'acquisition de la structure syntaxique du langage chez l'enfant.
Comment l'enfant peut-il extraire la structure syntaxique à
partir de mots, quand cette même structure syntaxique est aussi nécessaire
pour reconnaître les mots dans la phrase? Autrement dit,
comment pouvons nous extraire la structure abstraite à partir
de la structure de surface? Pour répondre à cette question,
il faut réaliser qu'une phrase n'est pas complètement définie
par l'ordre linéaire de ses mots, mais aussi par les informations
extra-linguistiques, comme l’organisation des mots dans le temps, leur
rythme ou la structure prosodique.
En effet, cette structure prosodique des phrases
est souvent corrélée avec la structure syntaxique. Au nouveau-né,
cette corrélation peut donner accès à des informations
assez simples pour l’aider dans l’initialisation du système
syntaxique, mais la question demeure: par quel mécanisme la
structure prosodique est-elle exploitée?
Nous répondons à cette question
à partir du modèle frontostriatal d'apprentissage de la structure
de surface. Nous avons fait une série d’expériences
montrant que, dans les tâches d'apprentissage des séquences,
le modèle est sensible non seulement à la structure sérielle,
mais aussi à la structure temporelle des séquences (Dominey
1998a, Dominey 1988b). Pendant le passage de temps entre deux éléments,
les signaux qui traversent les boucles récurrentes dans le cortex
préfrontal varient en fonction de ce temps, donc l’activation dans
cortex préfrontal représente la structure sérielle
des événements aussi bien que la structure temporelle.
Pour voir si le modèle était capable
de faire ce même type de discrimination, nous avons testé
le modèle dans une tâche de discrimination des deux classes
de séquences avec le même structure sérielle (consonne
voyelle) et deux structures temporelles différentes crées
à partir de phrases en Japonais et en Anglais. En effet,
le modèle était capable de distinguer entre ces deux séquences
différentes seulement dans leurs structures prosodiques (Dominey
et Ramus 1998).