L’objectif de notre équipe est de mieux comprendre les mécanismes neuronaux de la prise de décisions et ses relations au système de récompense. Le système de récompense permet l’évaluation et l'apprentissage de séquences d'actions sans la présence d'un renforcement immédiat, offrant un exemple important d'un système biologique impliqué à la fois dans la motivation du comportement et dans son organisation. L’équipe étudie l’organisation fonctionnelle du cortex préfrontal chez l’homme, l’influence de la modulation du système de récompense sur différentes fonctions cognitives, motivationnelles et émotionnelles, ainsi que les mécanismes neuronaux sous-jacents au dysfonctionnement du cortex préfrontal et du système dopaminergique (au cours du vieillissement normal, chez des patients schizophrènes et chez des patients souffrant de lésions du cortex frontal). Pour conduire ces trois axes de recherche étroitement liés, nous utilisons diverses techniques d’imagerie cérébrale, comme les Potentiels Evoqués, l’Imagerie par Résonance Magnétique fonctionnel le (IRMf), la Tomographie par Emission de Positrons (TEP) ainsi que la modélisation de réseaux de neurones. Nous prévoyons également d’utiliser les enregistrements intracrâniens et la Magnétoencéphalographie (MEG).
(I) Identificationdes divisions fonctionnelles du cortex préfrontal chez l‘homme sain
Une des activités nécessaires à la survie est la capacité de
réaliser des séquences de décisions en fonction des événements survenant dans notre milieu
environnant. Nous avons montré que lors de la réalisation de séquences de décisions, la prévisibilité et
l’histoire récente des séquences de décisions ont une profonde influence sur la
façon dont différentes régions du cortex préfrontal sont recrutées. Le
cortex préfrontal antérieur médian est plus impliqué lorsque les séquences de tâches sont
réalisées dans un ordre prévisible alors que le cortex dorsolatéral est plus activé lorsque les
séquences de tâches sont réalisées dans un ordre imprévisible. Ces résultats indiquent une organisation
hiérarchique du cortex prefrontal selon un double axe posterio-antérieur et médio-latéral à mesure que la
séquence devient guidée de manière endogène. De plus, il existe une double dissociation entre le cortex
préfrontal latéral et le cortex cingulaire antérieur: le cortex préfrontal latéral est plus activé
lorsqu'il est nécessaire de surmonter l’inhibition résiduelle d’une tâche récemment réalisée tandis que le
cortex cingulaire antérieur est plus activé lors du réengagement dans une séquence de tâches.
Ceci montre que le cortex préfrontal latéral porte une trace des décisions récemment réalisées, même si
aucune mémoire de ces décisions n’est requise. En conséquence, une fonction cruciale du cortex prefrontal latéral pourrait non seulement
être la maintenance en mémoire d’une information sensorielle ou l’utilisation prospective de cette information
pour le comportement, mais la formation automatique d’une trace des décisions récemment réalisées.
Ces
résultats d’imagerie cérébrale permettent donc de mieux comprendre l’organisation fonctionnelle du cortex préfrontal.
(II) Etude du système dopaminergique (modélisation et étude par IRMf)
Pour mener à bien des séquences de décisions, il est nécessaire que le cerveau soit muni
d'un système qui à chaque étape d'une séquence d'actions évalue la décision
effectuée. Cette évaluation permet l'apprentissage de séquences complexes. De nombreux arguments neurobiologiques indiquent que les neurones
dopaminergiques, qui innervent largement le cortex préfrontal, ont des propriétés électrophysiologiques compatibles avec cette fonction
d'évaluation, tout en étant impliqué dans la modulation d’un grand nombre de fonctions cognitives,
motivationnelles et émotionnelles. A côté d’une meilleure compréhension des mécanismes neuronaux sous-tendant la prise de
décisions, il est donc crucial d’étudier les propriétés du système dopaminergique au cours de séquences menant
au renforcement.
La modélisation par réseaux de neurones nous a permis de lier deux niveaux d'observation habituellement difficiles à combiner: l'action
cellulaire de la dopamine sur les activités des neurones préfrontaux et les effets comportementaux de cette modulation lors de tâches cognitives
de mémoire de travail. Ce modèle explique, pour la première fois, l’existence d’une courbe en
U-inversé liant le niveau de performance d'une tâche de mémoire de travail et le niveau de stimulation des récepteurs dopaminergiques au
niveau du cortex préfrontal.
Plus récemment, l’enregistrement direct des neurones dopaminergiques chez le singe, lors d'une tâche de conditionnement dans laquelle des stimuli
distincts annoncent des récompenses (jus de fruit) de probabilités différentes, a montré que ces neurones
répondent non seulement de façon transitoire en codant une erreur de prédiction de la récompense mais
aussi suivant un mode d'activité soutenu en anticipation d’une récompense d’incertitude maximale
(Fiorillo et al., Science, 2003).L’utilisation de l’imagerie cérébrale chez l’homme sain
nous a permis de distinguer les régions cérébrales répondant avec ces deux modes de réponses
transitoire et soutenu. Nos résultats ont montré que les neurones dopaminergiques répondent de manière transitoire
au moment du stimulus prédisant la récompense ainsi qu’au moment de l’apparition de la récompense et
répondent de manière soutenue pendant la phase d’anticipation d’une récompense d’incertitude maximale. De plus, le cortex
préfrontal répond au signal transitoire tandis que l’activité du striatum ventral varie avec le signal soutenu.
Ces résultats indiquent que des réseaux neuronaux spécifiques traitent différents aspects des propriétés
statistiques de l’information liées aux récompenses chez l’homme sain.
(III) Etude des perturbations du cortex préfrontal et du système de récompense de patients
schizophrènes, de patients fronto-lésés et de sujets sains âgés
Des perturbations importantes du fonctionnement du cortex préfrontal et du système de récompense dopaminergique
sont observées dans différentes conditions (maladie de Parkinson, schizophrénie, vieillissement normal).
En particulier, un résultat classiquement observé par TEP est une hypoactivation du cortex préfrontal
des patients schizophrènes lors de tâches cognitives. L'interprétation de cette hypofrontalité
est controversée car elle pourrait soit refléter une vraie base neuropathologique de la maladie, soit la simple
réduction des performances cognitives des patients par rapport aux contrôles. En appariant patients schizophrènes
et sujets sains âgés ayant la même performance comportementale, nous avons récemment montré
que cette hypofrontalité était toujours présente chez les patients comparés aux sujets sains
âgés, ce qui démontre que l’hypofrontalité fait partie de la neurophysiopathologie de la maladie.
De plus, lors de tâches de séquences motrices auto-initiées, les patients schizophrènes montrent
des perturbations de la focalisation de l’activation du cortex prémoteur, ce qui montre que l’hypofrontalité
n’est pas limitée au seul cortex préfrontal.
Nous étudions actuellement les modifications de fonctionnement du système de récompense chez les patients
schizophrènes et chez des sujets sains âgés.
1)Influence des polymorphismes génétiques sur l’activation du système de récompense (J-C Dreher)
Le récent séquençage du génome humain fournit des possibilités sans précédent pour
comprendre les bases génétiques de la vulnérabilité à de nombreuses maladies
psychiatriques et neurologiques. La combinaison de l’imagerie cérébrale et de la génétique permet
d’établir de nouveaux liens entre le niveau moléculaire et le niveau des systèmes cérébraux.
Cette avancée permet de mieux comprendre les influences génétiques contribuant aux différences individuelles
existant au niveau du comportement et de l'activation cérébrale dans les conditions normales et pathologiques.Le but
de ce projet de recherches est de combiner l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) et la
génétique moléculaire pour comprendre l’influence de gènes impliqués dans la transmission
dopaminergique sur le système de récompense.
2)Influence de variations hormonales sur l’activation du système de récompense (J-C Dreher, collaboration Dr K.F Berman)
De nombreux désordres psychiatriques sont plus prévalents chez la femme que chez l’homme, mais les
bases neurobiologiques de ces différences restent peu comprises. Ces différences pourraient être dues,
au moins en partie, à l’influence des hormones stéroïdes gonadiques comme les oestrogènes
et la progestérone. Des études chez l’animal ont montré que le système dopaminergique
mésocortical et mésolimbique est sensible au taux d’oestrogènes circulants. Peu de choses sont
cependant connues chez la femme concernant l’influence des hormones stéroïdes gonadiques sur le
système de récompense dopaminergique. Le but de ce projet est d’utiliser l’IRMf pour étudier
l’influence de ces hormones sur l’activation du système de récompense au cours du cycle menstruel.
3)Système de motivation sexuelle et activation cérébrale (J. Redouté)
Il est important de déterminer la spécificité du ou des systèmes de récompense
impliqué(s) lors du comportement motivé relatif à différents types de récompenses
(récompense monétaire, sexuelle). Dans cette optique, nous étudions les bases anatomo-fonctionnelles
d’une motivation primaire fondamentale, la motivation sexuelle, de sujets sains et de patients présentant
des troubles du comportement sexuel. Les résultats antérieurs ont montré l’existence, chez
l’homme sain, d’un réseau cérébral engagé dans le traitement de stimuli visuels
sexuels, et dans la mise en place d’un état d’excitation sexuelle (Redoutéet al., 2000) De plus,
une désactivation du cortex orbitofrontal médian et de plusieurs régions du cortex temporal latéral
pourrait participer à des mécanismes inhibiteurs empêchant le développement d’un état
d’excitation sexuelle dans des situations inappropriées. Dans le trouble de type « Désir Sexuel
Hypoactif », nous avons observé une activation anormale de ces régions considérées comme
inhibitrices ainsi qu’un défaut d’activation des régions normalement activées chez les sujets sains.
Par ailleurs, dans l’hypogonadisme, caractérisé par une baisse de la concentration plasmatique de la
testostérone, l’insula droite présente un défaut d’activation.
4)Etude par enregistrement intracrânien/MEG du système de récompense (G. Vanni-Mercier, Collaboration F. Mauguière)
Au cours de tâches de conditionnement où des stimuli distincts sont suivis d’une récompense avec une
certaine probabilité, il a été montré chez le singe, que les neurones dopaminergiques déchargent
de façon transitoire lorsqu'il existe un désaccord entre la récompense attendue et celle effectivement
délivrée et par une décharge soutenue entre le stimulus conditionné et la récompense lorsque
l’incertitude de la récompense est maximale (Fiorillo et al., Science, 2003).
Nous nous proposons de réaliser chez l’homme, l’enregistrement électrophysiologique par électrodes
intra-crâniennes de différentes structures corticales (cortex préfrontal latéral, cortex cingulaire
antérieur, cortex orbitofrontal) et sous-corticales (amygdale et hippocampe) impliquées dans le système de
récompense dans deux conditions : 1)au cours d’une tâche d’apprentissage de la probabilité
d’obtention des récompenses; 2) après apprentissage des probabilités des récompenses.
5)Développement de deux systèmes de substitution sensorielle (tactile et auditif pour la vision) compatibles avec
l’IRMf (C. Scheiber)
Nous abordons l’étude de la plasticité cérébrale à travers un «modèle»
de substitution sensorielle qui consiste à apprendre à un individu privé d’un sens (e.g. la vision)
à transcoder l’information visuelle par une prothèse, dite de substitution sensorielle, véhiculant
l’information au cerveau par un autre sens, le toucher ou l’audition. Ce projet est de développer deux
systèmes de substitution sensorielle (tactile et auditif pour vision) compatibles à l’IRMf. De
nombreuses applications sont possibles, comme l’étude de l’intégration multi-sensorielle ou
l’étude de l’apprentissage d’associations stimuli multi-modaux avec la récompense.
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